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“Outstanding Female Dancer” Swiss Dance Awards 2019

Anne Davier
Head of ADC Theater — Geneva

She has worked for artists like Gilles Jobin, Gisèle Vienne, La Ribot… Marie-Caroline Hominal has estab- lished herself as a major figure in the arts field through personal creations, performances and videos since 2006. Her multiple collaborations and a diverse range of formats (from a one-on-one performance in a box, to radio work, video and visual art, etc.) all contribute to the originality of her artistic vision.

I like her universe, a baroque world in which identities are blurred, where the tragic and the comic merge, sometimes darker, tending towards a sort of troublant ritual, sometimes eccentric, sometimes melancholic.

Above all, Marie-Caroline Hominal touches the soul of the theatre. Behind her mask, she is herself and nothing else. She offers the gift of her presence and affirms that the theatrical space is sacred, protected and haunted, that it is based on

a symbolic exchange between the actor and the audience, a play that unites us in the present moment.

Anne Davier
Directrice de l’ADC — Genève

Marie-Caroline Hominal a travaillé avec des artistes comme Gilles Jobin, Gisèle Vienne, La Ribot… .
Sa recherche personnelle, amorcée en 2002 autour d’un travail vidéo, s’oriente plus décisivement vers la chorégraphie à partir de 2008 avec la création de Fly Girl. Dans ce solo, la danseuse oscille entre représenta- tions de la sexualité et de la violence dans un jeu de provocations qui mine et démultiplie les identités.

Volontiers kitsch, son univers se construit progressivement avec divers mediums : texte, musique, danse, vidéo, jeu avec des objets
… Proches du champ de la perfor- mance, ses créations sont, depuis 2008, présentées aussi bien dans des théâtres que dans des lieux plus aty- piques, comme une chambre d’hôtel ou une loge.

Marie-Caroline Hominal est aujourd’hui l’une des figures majeures de la scène chorégra- phique contemporaine en Suisse. J’aime son univers et ses identités floues, tout comme j’aime me plon- ger dans le monde baroque qu’elle parvient à créer. Un monde souvent sombre, dans lequel le tragique

et le comique se confondent. Le spectacle y est une sorte de rituel troublé, parfois excentrique, parfois mélancolique.

Derrière son masque, Marie-Caroline Hominal n’est rien d’autre qu’elle- même. En offrant le don de sa pré- sence, elle affirme combien l’espace théâtral est sacré, protégé et hanté.

Marie-Caroline Hominal is exceptional in many ways. Only when you’ve heard her caterwauling like one of the living dead, a mask of horror on
her face, in ‘Hominal/Öhrn’, or admired her as she takes on voodoo spirits in ‘Froufrou’, can you appreciate the power of her interpretation, her gift for metamorphosis. For her, dance is a movement towards an elsewhere,
a sometimes whole-body experience of otherness; she is guided solely by intellectual, ethnological and poetic curiosity. Hominal fuses impeccable technique with often astonishing inventiveness. She weaves spells that have a lasting impact, in Switzerland and abroad.

Hors du commun, Marie-Caroline Hominal l’est à plus d’un titre. Il faut l’avoir entendue feuler en morte-vivante, un masque d’épou- vante sur le visage, dans ‹ Hominal/ Öhrn ›, ou l’avoir admirée commer- cer avec les esprits vaudous dans ‹Froufrou›, pour saisir sa puissance d’interprétation, son don pour la métamorphose. La danse chez
elle est mouvement vers l’ailleurs, expérience, à corps perdu parfois, de l’altérité : seules la guident ses curiosités intellectuelles, ethnolo- giques et poétiques. L’artiste allie une technique impeccable et une invention souvent stupéfiante. Ses sortilèges marquent, en Suisse et à l’étranger.

Krefeld Im Rahmen von „Museum Tinguely AHOY!“ gab es drei Performances in Krefeld zu sehen. Die WZ hat sich näher mit Marie-Caroline Hominals Auftritt im KWM beschäftigt.


Im grellen Stroboskoplicht: Marie-Caroline Hominals Performance „Eurêka, c‘est presque le titre“ im Rahmen von „Museum Tinguely Ahoy!“ im Kaiser-Wilhelm-Museum Krefeld. Foto: Laki

Im Kaiser-Wilhelm-Museum ist ein Pferd auf dem Flur. Wobei dies nicht ganz stimmt, denn eigentlich ist das Wesen, das trabt, wiehert, schaut und sogar scheut, eine sonderbare Mischung aus Mensch und mit Stoff bedecktem Holzgestell. Marie-Caroline Hominal bahnt sich, die passenden Geräusche selbst beisteuernd, in Ballettschuhen auf einem Holzbock reitend, was sonst aus Holzplatten Schreibtische für urbane Einraumwohnungen macht, ihren Weg durch das Publikum im ersten Obergeschoss des Museums. Dort wird derzeit eigentlich eine Video-Arbeit von Odenbach gezeigt, doch diese ist ausgestellt, weil an diesem Tag ohnehin einiges anders ist in der Kunststadt Krefeld.

Drei Performances vor und im Kaiser-Wilhelm-Museum

Das Schiff des Museums Tinguely aus Basel ankert in Uerdingen und hat auch Performances mitgebracht, die sich mittelbar, eher assoziativ mit dem Schweitzer Künstler auseinandersetzen. So auch die Performance von Marie-Caroline Hominal mit dem Titel „Eurêka, c‘est presque le titre“, die speziell für die Tinguely-Tour geschaffen und im Museum gezeigt wurde. Zuvor war schon „Body Instruments“ von Nevin Aladağ am Schiff und vor dem KWM zu sehen. Nach Hominals Aktion wiederum wurde noch „The Lady of the Lake“ von Keren Cytter gezeigt.

Aber der Fokus sei hier auf die Arbeit von Hominal gelegt, die sich mit Tinguelys Bezugspunkten, vielleicht mehr mit seiner Aura, einer Haltung auseinandergesetzt hat, als direkt eine Hommage an ihn zu gestalten. Tinguely stellte Paradigmen von Kunst in Frage, schuf aus Schrott „lebendige“ Kunstwerke. Das Sammeln von Spuren der Welt, die vielleicht auch fallen gelassen wurden, ist ein zentrales Moment und das daraus konstruieren von neuen Realitäten, vielleicht.

Genau dies hat Hominal in ihrer zwischen Melancholie, Hybris, Humor und märchenhafter Verfremdung changierenden Performance auch getan. Sie sammelte Artefakte aus Erinnerungen aus stereotypen Motiven und transformiert sie in einen Prozess. In einzelnen Szenen entstehen aus Utensilien, wie etwa dem „Pferd“, später auch weiteren, bisweilen etwas enigmatischen Bezügen zu unterschiedlichen kunsthistorischen Referenzen, neue Figuren. So jongliert sie etwa mit an Bauhaus erinnernden Formen. Es scheint immer auch um „Ermächtigung“, um sich behaupten zu gehen, ein Kampf gegen Kräfte, die sonderbar einwirken. Dazu passt die Verkörperung eines Tigers, die Befreiung aus einem glänzenden Knäuel oder das Besenreiten einer Hexe – die hier für eine freie, selbstbewusste mit Energien kraftvoll spielende Frau steht. Hominal erzählt zwischendurch auch, schafft reflexive Momente, etwa wenn sie von einem Traum berichtet.

Ihre Performance taktet sich zwischen Ruhepolen und energetischen Impulsen. Changiert auch zwischen zeitgenössischem Tanz und Klangkunst. Auch der Ton, das klangliche spielt eine Rolle, immerhin spiele sie in einem Traum mit John Cage Schach. Auf reizvolle Weise wird erneut unter Beweis gestellt, dass Performance und Choreografie heute mehr und mehr verschmelzen zu gesamtkünstlerischen Ästhetiken wie hier. Gelungen.

Cheval, tigre et sorcière au KWM


A la lumière stroboscopique : performance de Marie-Caroline Hominals « Eurêka, c’est presque le titre » dans le cadre du « Museum Tinguely Ahoy ! » au Kaiser Wilhelm Museum Krefeld. Photo : Laki

Krefeld Dans le cadre du « Musée Tinguely AHOY ! » Il y a eu trois représentations à Krefeld. Le WZ s’est penché de plus près sur l’apparition de Marie-Caroline Hominal au KWM.

Dans le Kaiser Wilhelm Museum, il y a un cheval dans le couloir. Bien que ce ne soit pas tout à fait vrai, car la créature qui trotte, hennit, regarde et même hésite, est un étrange mélange d’humains et d’un cadre en bois recouvert de tissu. Marie-Caroline Hominal, apportant elle-même les bruits appropriés, chevauchant des chaussons de ballet sur un tréteau en bois, qui autrement fabrique des bureaux pour des appartements urbains d’une pièce en panneaux de bois, se fraie un chemin à travers le public du premier étage du musée. Une œuvre vidéo d’Odenbach y est actuellement présentée, mais elle l’est car quelque chose est différent ce jour-là dans la ville d’art de Krefeld.

Trois représentations devant et dans le Kaiser Wilhelm Museum

Le navire du Musée Tinguely de Bâle est ancré à Uerdingen et a également apporté des performances qui traitent indirectement, plutôt associativement, de l’artiste suisse. C’est également le cas de la performance de Marie-Caroline Hominal intitulée « Eurêka, c’est presque le titre », spécialement créée pour la tournée Tinguely et présentée au musée. Avant cela, les « Body Instruments » de Nevin Aladağ pouvaient être vus sur le navire et devant le KWM. Après l’action d’Hominals, « La Dame du lac » de Keren Cytter a été à nouveau montré.

Mais l’accent est mis ici sur l’œuvre d’Hominal, qui a traité des repères de Tinguely, peut-être plus de son aura, d’une attitude, que de lui dessiner directement un hommage. Tinguely remet en question les paradigmes de l’art et crée des œuvres d’art « vivantes » à partir de ferraille. Recueillir des traces du monde qui ont pu être abandonnées est un moment central et l’utiliser pour construire de nouvelles réalités, peut-être.

C’est exactement ce qu’a fait Hominal dans sa performance, qui alterne entre mélancolie, orgueil, humour et aliénation de conte de fées. Elle a collecté des artefacts à partir de souvenirs à partir de motifs stéréotypés et les a transformés en un processus. Dans des scènes individuelles, des ustensiles tels que le « cheval » et plus tard d’autres références, parfois quelque peu énigmatiques, à différentes références de l’histoire de l’art, créent de nouvelles figures. Par exemple, elle jongle avec des formes qui rappellent le Bauhaus. Il semble toujours s’agir d’une « empowerment » pour s’affirmer, d’un combat contre des forces qui ont un effet étrange. L’incarnation d’un tigre, la libération d’une balle brillante ou le balai d’une sorcière – qui représente ici une femme libre et sûre d’elle qui joue puissamment avec les énergies, s’intègre bien. Hominal raconte aussi des histoires entre les deux, créant des moments de réflexion, par exemple lorsqu’elle parle d’un rêve.

Sa performance oscille entre pôles calmes et impulsions énergétiques. Alterne également entre danse contemporaine et art sonore. Le ton joue également un rôle, après tout, dans un rêve où elle joue aux échecs avec John Cage. Il prouve une fois de plus de manière séduisante que performance et chorégraphie se confondent de plus en plus pour former une esthétique artistique comme ici. Réussi.

Hominal / Xaba

[…], le manifeste textile de Marie-Caroline Hominal et Nelisiwe Xaba. D’abord prises dans un dédale de fils de toutes les couleurs, elles s’en extirpent pour entrer dans une forêt de lés de tissus, à l’image de leur perdition entre danses glanées sur youtube, doutes sur leur statut d’autrices et autres réflexions hilarantes.

Elles ont du coffre et foncent. La performeuse suisse Marie–Caroline Hominal et l’artiste sud-africaine Nelisiwe Xaba mélangent leur savoir-faire dans un spectacle tout simplement intitulé Hominal/Xaba. Sur le thème du labyrinthe, elles déroulent des pelotes de laine multicolores comme leur identité plurielle et débordante. Elles s’amusent à se jouer des clichés, des genres et des danses, avec différents pas dénichés sur Internet. Tous les styles habillent ces deux femmes qui ne font qu’une bouchée des modes pour mieux faire surgir un paysage chorégraphique mouvant, joyeux et aventureux.

Un rideau cramoisi s’ouvre et se ferme sur un petit défilé (…) Un clown cowboy joue de la trompette, une danseuse un peu ninja asiatique souffle dans un trombone, un percussioniste masqué porte un uniforme de garçon de piste… Cirque, foire aux monstres, cabaret grivois, opéra, plateau de cinéma, on trouve tout ça dans Sugar Dance. (…)
Sugar Dance donne à voir ce qui ne se voit pas, à moins de faire partie de la troupe ou d’être le concierge de la salle. C’est un spectacle d’avant le spectacle (…)
Marie-Caroline Hominal aime les feux de la rampe et les plateaux qui scintillent, et elle avoue aussi une curiosité pour les loges et les couloirs, là où le bel éclairage cède la lumière aux néons un peu blafards et son Sugar Dance bascule entre ces deux univers. (…)
C’est comme si on assistait à quelque chose de très intime, de fragile, et pour le coup, vu les circonstances de la pandémie, oui, être artiste, c’est fragile. (…)
Petit à petit, les pièces de ce puzzle s’emboîtent, les neuf personnages, dont la chorégraphe, se trouvent, ils forment troupe, ils font mouvement, élan, spectacle et on découvre que la représentation d’une répétition peut être aussi touchante qu’un spectacle classique.

Cette piste aux étoiles en lambeaux, ces silences d’avant-embardées, cette Passion selon Saint-Mathieu célébrée par une cantatrice en baskets blanches, ce passage sur pointe d’une demoiselle tombée des nues, cet écuyer fouettant un canasson fantôme, cet accroche-cœur du bitume sapé comme pour un bal. Au milieu de la tribu, Marie-Caroline Hominal, elle, butinait en chef d’équipage en attendant son heure bleue. 

Dans leurs costumes taillés sur mesure par Olivier Mulin, les interprètes pointent leur nez à travers un rideau de scène rose pour nous faire pénétrer dans leur monde du spectacle, un spectacle qu’ils préparent entre une séance de maquillage ou d’habillage, mais dont on ne verra finalement rien – mise en abyme réussie, d’autant plus en période de Covid, questionnant le sort des artistes, déjà fragiles, qui risquent de ne pas se relever de cette crise sanitaire. Chacun à leur manière dans leur « numéro », ils renvoient à ces Clowns de Fellini, (…) entre une Pierrot sur pointes ou une drag queen en robe rouge à galons militaires, artistes esseulés et touchants (…). Cirque, mais aussi foire, opéra et spectacle joyeux, Sugar Dance mêle tout cela dans une sorte de tragicomédie tendre. (…) Le spectacle ou la fête, parfois sur de la techno, continue, et continuera toujours. Marie-Caroline Hominal, dans son propre personnage de metteur en scène, en est l’artisane.

Cette piste aux étoiles en lambeaux, ces silences d’avant-embardées, cette Passion selon Saint-Mathieu célébrée par une cantatrice en baskets blanches, ce passage sur pointe d’une demoiselle tombée des nues, cet écuyer fouettant un canasson fantôme, cet accroche-cœur du bitume sapé comme pour un bal. Au milieu de la tribu, Marie-Caroline Hominal, elle, butinait en chef d’équipage en attendant son heure bleue.

Un rideau cramoisi s’ouvre et se ferme sur un petit défilé (…) Un clown cowboy joue de la trompette, une danseuse un peu ninja asiatique souffle dans un trombone, un percussioniste masqué porte un uniforme de garçon de piste… Cirque, foire aux monstres, cabaret grivois, opéra, plateau de cinéma, on trouve tout ça dans Sugar Dance. (…)Sugar Dance donne à voir ce qui ne se voit pas, à moins de faire partie de la troupe ou d’être le concierge de la salle. C’est un spectacle d’avant le spectacle (…) Marie-Caroline Hominal aime les feux de la rampe et les plateaux qui scintillent, et elle avoue aussi une curiosité pour les loges et les couloirs, là où le bel éclairage cède la lumière aux néons un peu blafards et son Sugar Dance bascule entre ces deux univers. (…) C’est comme si on assistait à quelque chose de très intime, de fragile, et pour le coup, vu les circonstances de la pandémie, oui, être artiste, c’est fragile. (…) Petit à petit, les pièces de ce puzzle s’emboîtent, les neuf personnages, dont la chorégraphe, se trouvent, ils forment troupe, ils font mouvement, élan, spectacle et on découvre que la représentation d’une répétition peut être aussi touchante qu’un spectacle classique.

On semble passer de la répétition, du tâtonnement, à quelque chose qui ressemble à la représentation finale, ou qui va du moins dans cette direction. Alors, le.a spectateur.trice comprend quel est son rôle : de voyeur.se, iel devient véritablement vecteur. trice de partage, en réceptionnant ce qui lui est donné. Les arts vivants n’ont véritablement de sens que lorsqu’ils sont transmis à un public, et c’est sans doute là le message que veut nous faire passer Marie-Caroline Hominal, un message plus que jamais nécessaire.

Dance first, think later

Marie-Caroline Hominal, ouvre son champ d’action chorégraphique en bricolant avec ingéniosité de petites maquettes construites avec des matériaux récupérés, en lien avec ses chorégraphies ou pour le seul plaisir de laisser courir l’imagination dans un espace invitant un corps à s’y mouvoir («Maquettes en tout genre et pirouettes»).

«J’ai toujours eu peur de faire du mouvement pour du mouvement alors j’ai tendance à dessiner des maquettes avant de créer», lance en préambule Marie-Caroline Hominal, lauréate d’un Prix Suisse de la Danse 2019, catégorie «Danseuse exceptionnelle». Ces partitions de travail, elle les expose en primeur au Commun. En parallèle, la chorégraphe basée à Genève imagine aussi une performance dédiée à la sculpture-peinture: Fragments. «Je donne à voir des détails de mon corps comme un peintre mettrait en images des gros plans d’un tableau dans un livre d’histoire de l’art». Les récents événements ont-ils influencé ses recherches? Oui, mais pas autant qu’on pourrait le croire. «Mon travail a été impacté par le confinement mais dans un autre univers, j’aurai été influencée par d’autres paramètres. Il s’agit de notre réalité», formule-t-elle. Elle a notamment puisé dans son récent intérêt pour les stories d’Instagram dans Le triomphe de la renommée, des séquences vidéo qui seront également projetées pendant l’exposition. «J’ai flashé tardivement pour ce réseau social. Mais il fallait bien trouver une nouvelle scène pour s’exprimer», finit Marie-Caroline Hominal.

Installée à Genève, elle est aujourd’hui l’un des fleurons de l’art chorégraphique suisse. Ses dernières créations, Fragment et Instantanés, marquent sa facilité à marier différents genres et à projeter la danse dans l’univers de la vidéo, de la peinture et de la sculpture.

Un sabbat digne de la plus shakespearienne des sorcières pour un très inconvenant hommage où l’amour d’un petit-fils ose toutes les outrances.

Dans Hominal/ Öhrn, elle [MarieCaroline Hominal] renverse les usages installés. C’est elle qui se tourne vers Markus Öhrn en lui proposant la direction de scène. De vieilles pensées considèrent, plus habituellement, qu’un auteur porteur de projet se met en quête des interprètes qui lui conviendront. La visée scénique s’en trouve ici plus ouverte. Une pièce naît de l’entremêlement de ses propos, essais, mises en formes, intégralement partagés entre deux artistes, qui en viennent à la cosigner, mais encore à la doter d’un titre qui n’est autre que cette cosignature; et qui finissent par performer tous les deux sur scène. À revers et à rebours, notre regard spectateur aura alors tendance à recevoir la pièce à travers une bipartition supposée entre leurs deux apports, du fait de ce qu’on sait par ailleurs de leurs singularités artistiques respectives.

Ce «balance ton porc à la mode scandinave» ne colle pas seulement à Markus Öhrn. Il respire l’air du temps, nauséabond, dérangeant pour cela. Sous son masque de charogne, le regard bleuté de Marie-Caroline Hominal perce parfois. C’est la lumière d’une actrice stupéfiante capable de commercer avec les puissances occultes. L’étincelle d’une liaison dangereuse.

ONE

L’intervista da parte del compagno di scena prende i tratti di un interrogatorio surreale, qui afferma che l’indagine sui temi dell’autorità e dell’identità è un elemento ricorrente nel suo lavoro. Un motivo vasto e raccontato che però Hominal sembra in grado di rappresentare con modalità sconsideratamente creative e venate di follia.

En animatrice de l’émission de radio Where’s the MC, l’artiste profite d’être à l’antenne pour nous divertir derechef. La parole est donnée aux invités pour aborder des sujets tirés au sort dans un saladier, provoquant des conversations totalement absurdes. Des réflexions philosophiques quant à la mort ou à l’infini sont détournées et dérivent sur des recettes culinaires. Les anagrammes se réinventent formant des jeux de mots farfelus, des dates dites importantes sont mentionnées, puis leurs chiffres s’additionnent et l’on divague dans un tohu-bohu d’idées, subitement interrompu par le jingle. Dans cette ambiance de plateau ubuesque où les interventions passent du coq à l’âne, la MC garde le contrôle. Alors que des correspondances se forment, des associations surprenantes donnent un sens nouveau à la conversation dont l’auteur est roi.

Dans Taxi-Dancers à Vidy, MarieCaroline Hominal rappelle cette pratique où des femmes offraient une danse contre un ticket. Fine romance et miroir cruel.” Un air d’autrefois dont Marie-Caroline Hominal restitue parfaitement à Vidy le charme suranné et l’étrange cruauté. Sur des titres sucrés, trois taxi-dancers désœuvrées, tuent le temps en dansotant. Désirs enfuis ou enfouis, attente mortifiante, miroir inquisiteur, séduction sans conviction, bienvenue à Dreamland, joli cimetière des illusions.

Sur le plateau, la chorégraphe, Teresa Vittucci et Ivan Blagajcevic, tous trois censés représenter des taxi-dancers au chômage, reviennent sur les lieux du Dreamland, club fameux. Face au miroir, ils revivent au ralenti, sur un mode hypnotique, un temps passé-présent. Fascinant.

Drei wollen Zweisamkeit “Irgendwann ist bei den drei Darstellerinnen auf der Bühne das eigene Bedürfnis nach etwas Verlustigung grösser, als sich weiter der Tristesse inzugeben. Und so versuchen sie, einander gegenseitig mit vollem Körpereinsatz zum Paartanz zu verführen. Drei wollen, nur zwei können. Spannung baut Hominal auf, indem sie die Charaktere perfekt in Szene setzt.”

Taxi-Dancers handelt von drei Gestalten, die irgendwo übrig geblieben sind oder vor langer Zeit vergessen wurden. Das Tanztrio spielt seine Rolle sehr glaubhaft, und die Tristesse, die es umgibt, scheint ihm während dieser stündigen Aufführung tief im Leib zu sitzen.

Proche de l’autofiction, ce récit en chanson révèle des images de villes à travers le prisme d’une artiste qui aime ajouter des couches multiples à son identité. (…) Sous le nom de Silver, elle lorgne dans Silver Without Gold du côté du métal, donnant de l’importance au matériau pour relever la patte «glitter» de sa performance. Ludique et expérimentale, la Franco-Suisse se rebaptise pour pointer «l’organique et l’artificiel» de notre condition humaine. (…) Où la physicalité se situe ailleurs que dans le mouvement, quelque part dans la voix et son côté terrien ainsi que dans la maîtrise technique de sa console. (…) un solo (…) puissant et animal.

Pièce d’une jubilatoire liberté de ton avec laquelle Marie-Caroline Hominal fait jaillir un univers foufou et néanmoins très rigoureusement agencé, inspiré à la fois du music-hall et du vaudou – les shots de vodka servis en fin de représentation achevant de rendre l’expérience parfaitement grisante.

Froufrou est une pièce réversible. Elle flirte avec la transe et attise l’esprit. Elle est épiderme et concept. Le théâtre et son double.

Mais, outre sa part de désenchantement, sur les beats enivrant de Clive Jenkins, Froufrou sonne surtout comme un rituel festival aux allures de grand carnaval dansé. Où l’on finit par porter le masque plutôt que de l’enlever, brouillant définitivement les pistes de l’identité. Plus chorégraphié qu’à l’accoutumée et orchestré pour un groupe, le mouvement envoûte aussi définitivement l’esprit, Conquis, on repart tel un zombi.

In Ballet volevo rendere complice e testimone il pubblico, volevo far «abitare» il pubblico nella performance, nella totale libertà, senza un inizio e una fine precisi; Ballet è come una giornata in cui ci sono tante cose che succedono.

I don’t know when or how exactly it happened but she moved me. She exposed me, differently than others at other times. She triumphed. Not over me, with me. I realize that I can hear chatter from the back room. I know I won’t be able to hold on to what happened down there for very long. The power will dissolve as soon as I round the corner. So, I wait a couple beats. And leave.

The actress led us inside her own fragility. The sweetness of fame comes at the price of fear of death. But in the mirror, I saw my own fear smothering me in the unreal scene, and she could sense it. Wordlessly, we shared our own fragility that we could not show in public. And out of the 15-min- ute dream that seemed like it never happened.

In this way Hominal’s perfor- mance showed a dominant con- trol and manipulation of Love, Chastity and Death, only to be ended by a 15-minute time limit and an eternity of being embla- zoned in the viewer’s mind.

In a slow motion, stretching sec- onds into minutes, she removed the mask. I could see her. She could see me. No barriers. Her 15 minutes of “Fame” wrapped as she used her personal voice to ask for my name. I paused. All of a sudden, I felt exposed.

I went from initially being put off to completely enraptured and smiling within several minutes.

Ce week-end, la danseuse suisse Marie-Caroline Hominal a mar- qué les esprits. Surtout, Marie- Caroline Hominal touche à l’âme du théâtre. Sous son masque, elle est elle-même et personne. Elle fait don de sa présence et affirme que l’espace théâtral est sacré, c’est-à-dire protégé et hanté; qu’il est fondé sur un jeu de dupes consenti entre l’acteur et le public, sur un échange symbolique qui unit dans l’instant, mais qui n’engage à rien pour la suite.

BAT

Dans BAT- lire par exemple « bon à tirer »-, les coups portés sont rudes, à l’image de la violence qu’elle affiche et que l’on reçoit de plein fouet, nous laissant tout bonnement KO.

Marie-Caroline Hominal invite par ce titre aux multiples facettes à une introspection, un regard subjectif mais réaliste sur la société actuelle.

Et bien qu’elle aspire à dispa- raître c’est son corps, dévoilé jusqu’à la nudité, qui est mis en lumière dans BAT. Signifiant, au bon vouloir du spectateur, Barbie And Tony, Boobs Ass Tits, Bien à Toi, Before Anal Time, Bel Amour Tyrannique, Beef After Tea, Big Anemic Teenagers. Ou n’importe quoi d’autre, pourvu que lui aussi puisse faire son supermarché chez Hominal.

Voice Over n’est d’abord préoccupé que des icônes qu’il enfante. C’est un geste artistique maternel, protecteur et inquiet : la vérité puis la facticité de ses images se révèlent à mesure qu’on les éprouve.

La qualité de la création est due en partie au fait que le corps et sa danse ne sont plus l’apanage des codes chorégraphiques. Mais le résultat d’une observation et d’une réflexion sur la posture, le voguing, et le recyclage post moderne de postures chorégraphiques, d’archétypes issus de shootings de magazines – observation et réflexion qui ouvrent le corps à ses multiples mises en relation avec son environnement culturel, social, politique et artistique.

On Wednesday, at the Invisible Dog Art Center in Brooklyn, a man and a woman, both naked, hula-hooped in silence for 35 minutes. That may sound like a caricature of masturbatory performance art, but most of the work sustained interest, even fascination. To begin with, there was the suspense of whether the performers could keep their hoops going the whole time. They did.

It was pretentious. But it was also surprisingly engaging: well-staged and dramatic. With the statuesque proportions of a Greek god and goddess, the two hula-hoopers achieved what many here are attempting: to become figure skaters on the dangerous thin ice between aesthetics and titillation, frivolity and philosophy.

Revisitant le spectacle de nu, François Chaignaud et Marie- Caroline Hominal transforment un innocent jeu de plage en un duo dansé, aussi idéal que manifeste.

Duchesses est quasi une danse de possession effectuée par des derviches tourneurs urbains. Le hula-hoop, pseudo-symbole de libération sexuelle, s’impose ici comme un nouveau carcan artistique.

Das Fly Girl kann nicht nur schattenboxen und Starposen einnehmen, sie erzählt auch Geschichten. Etwa wie sie von einem grossen Hamburger träumt, den eine Frau auf einer Parkbank verspeist. Es sind pubertäre Träume, denen sie nachhängt: banale, lustige und manchmal gefährliche. Ganz tiefenpsychologisch kämpft das Fly Girl am Ende gegen sein eigenes Über-Ich und verliert. Ob es ihm gelungen ist, Geschichte zu schreiben?